Merci Orignal, tu poses la question :
Qui peut expliquer pourquoi les suf interdisent catégoriquement que les louveteaux soient encadrés par des garçons? Et tu résumes bien la (non-)réponse :
le national communique peu à ce sujet
Effectivement, les avantages et inconvénients des chefs louveteaux sont bien compréhensibles, mais il faudrait l'improbable contribution du national pour avancer sur le choix fait par les SUF.
Les arguments psychologiques avancés par le national ont certainement leur limite, mais ça ne me semble pas infondé. Les 2 approches étant tout à fait valables d'un point de vue pédagogique, il est logique de privilégier la plus sûre et la plus simple à gérer. Je comprends bien le problème de recrutement de cheftaines, mais mon groupe SUF vivait plutôt l'inverse, était-ce une exception ?
Pourquoi imposer cette approche de manière si catégorique ? Là, je partage ta préoccupation Il est certain que la peur d'affaires pédophiles et l'impossibilité de maîtrises mixtes, comme souligné par Old GIlwellian , entrent en considération. De là à donner des réactions hystériques, comme cela arrive parfois du côté du national !... (totémisation par exemple).
Comme toi, je le regrette, car ces oukases :
1) sont appliqués avec amerturme puisqu'incompris
2) ne ressemblent pas à l'esprit SUF
Mais j'essaie de comprendre. Développer une argumentation raisonnée prend du temps... et j'imagine que des équipes nationales bénévoles et relativement réduites ont parfois mieux à faire que d'épiloguer sans fin avec chaque unité. Je me demande également si l'autonomie laissée aux groupes (balthazar a une autre façon de le dire) n'aurait pas conduit, à un moment, à prendre cette mesure à titre de "garantie", tant au plan pédagogique que pour le suivi des maîtrises. Et comme les clans de poivrots, feux de pin up et troupes de romanos ne font pas de victimes visibles, on met moins d'énergie à leur taper dessus qu'à imposer ces oukases aux louveteaux.
Espérons que le national améliore un peu sa com' et que cette règle ne deviennent pas un dogme qui nous sépare des autres mouvements unitaires ! C'est quand même absurde d'handicaper tout un groupe en le privant de louveteaux (d'où affaiblissement de la Troupe) si une équipe sérieuse de chefs de groupe et de louvetiers est prête à l'aventure !
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Akela NDE
Akela
Nous a rejoints le : 01 Avr 2005 Messages : 4 922 Réside à : Dijon
Je viens de consulter le mémoire universitaire (IEP de grenoble) d'Albane de MESNILDOT "pourquoi pas les SUF ? histoire d'une scission " (1990). L'auteur est une ancienne cheftaine SUF.
Elle explique que la règle dont vous parlez date du début des SUF, alors que la branche louveteaux était organisée par Geneviève MEDEVIELLE (1973-76).
Elle précise ce point (page 130 et 131): "Poursuivant jusqu'au bout la logique de Vera BARCLAY selon laquelle la meute est une famille heureuse (...), il n'y aura pas chez les SUF de chefs louveteaux comme il peut y en avoir aux Scouts de France ou aux Scouts d'Europe, mais uniquement des cheftaines. Ce choix s'explique par la primauté accordée à la famille chez les SUF, et la conception qu'ils en ont. Dans la famille traditionnelle, la mère a un rôle maternel premier dans l'éducation de l'enfant. Sans jouer la mère, la cheftaine doit avoir cette attitude maternelle -que ne pourrait évidemment reproduire un chef masculin- envers les louveteaux. Elle est la grande soeur compréhensive et affectueuse à laquelle l'enfant n'hésite pas à se confier... Bref, pour les SUF qui se réfèrent au modèle familial, la cheftaine correspond mieux aux besoins du jeune garçon qu'un chef".
Comme document officiel et récent, le livre "Au coeur des SUF, le livre pour les parents" précise bien que les louveteaux sont encadrés par des "cheftaines" (cf p 38 et suivantes).
Ce qui prouve donc, malheureusement, que cette coutume SUF de ne vouloir que de cheftaines pour les louveteaux repose d'une part sur un préjugé («attitude maternelle -que ne pourrait évidemment reproduire un chef masculin») et sur une perception purement féminine des besoins et du fonctionnement psychologique du petit garçon («Elle est la grande sœur compréhensive et affectueuse à laquelle l'enfant n'hésite pas à se confier»). L'expérience contredit largement ces deux raisons principales du choix exclusif des cheftaines : les louvetiers sont tout à fait capable d'avoir une attitude «maternelle» quand il y en a besoin (et de ne pas l'avoir quand il ne faut pas, ce qui est beaucoup moins le cas chez les filles qui auront plus tendance à materner les petits, quand un garçon l'incitera doucement à se conduire en petit homme), et les louveteaux sont mieux compris par d'autres garçons que par des filles qui les prennent, malgré tout, un peu pour des bébés. Il n'y a qu'à comparer comment les mêmes louveteaux se comportent face à une cheftaine et à un louvetier, et comment ils les jugent ...
On peut y voir aussi une incompréhension de la famille heureuse de Vera Barclay. En effet, celle-ci précise bien qu'Akela ne doit pas être la mère de ses louveteaux, mais leur père : Akela est UN loup. La famille heureuse l'est parce qu'elle a une tête, un chef au sens étymologique, sans lequel elle ne pourrait être une famille.
Bref, je pense qu'on constate ici une limitation regrettable infligée à la pédagogie louveteau, considérée d'un point de vue exclusivement féminin et maternel. C'est un point de vue tout à fait compréhensible et normal pour une femme, je ne dis pas le contraire, et ne blâme aucune cheftaine qui pense ainsi. Néanmoins, ce n'est pas celui qu'il faut avoir en l'occurence, puisqu'il s'agit de l'éducation de petits garçons qui, s'ils sont encore à un âge tendre où ils ont besoin d'affection, n'en sont pas moins de petits hommes qui ont besoin d'être compris comme tels.
La grande question, maintenant, est de savoir pourquoi les SUF en sont restés là et pourquoi ils ne souhaitent pas revenir sur ce point ...
Exeunt donc les bruits du niveau de «c'est pour éviter les histoires pédophiles», c'est une vraie raison pédagogique. Plus que discutable malheureusement, puisqu'à mon sens elle découle d'une vision maternelle, voir maternaliste, de la psychologie du petit garçon ; et d'autant plus regrettable qu'elle s'appuie sur une vision détournée de Vera Barclay - qui elle, pour le coup, ne tombait pas dans ce travers.
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Zebre
Zebra One
Nous a rejoints le : 19 Oct 2001 Messages : 13 984 Réside à : Lyon